Témoignage d’une journée passée Aux Pâtes au Beurre à Nantes – Le 23 Avril 2014

Témoignage d’une journée passée Aux Pâtes au Beurre à Nantes – Le 23 Avril 2014

Tout d’abord je tiens à remercier l’équipe des Pâtes au Beurre qui m’a chaleureusement accueillie et m’a permis de pouvoir observer les deux accueils de la journée, le matin de 10 heures à 13 heures, et en soirée de 18 heures à 21 heures. Les accueils ont été assurés par quatre psychologues différents matin et soir, en sachant qu’ils sont toujours deux par accueil.

Pendant plusieurs années j’ai été accueillante d’un lieu d’accueil enfants/parents de type Maison Verte Dolto. Ce lieu accueillait les parents accompagnés de leurs enfants de 0 à 5 ans. Les accueillantes étaient « prêtées » par les institutions, des puéricultrices du Conseil Général (PMI) et des professionnelles de la petite enfance des crèches de la ville.

J’ai pu constater des professionnelles en difficulté lorsque des parents les reconnaissaient, les ayant vu précédemment lors de consultations ou des accueils de leurs enfants en crèche.

Comment se présenter alors en toute neutralité et établir une relation de confiance ?

Aux Pâtes au beurre le respect du cadre est fondamental et permet de libérer la parole. Tous les accueillants, psychologues ou psychomotricien, viennent en leur nom et ne sont pas mandatés par une institution, l’accueil se fait dans la cuisine autour d’une brioche « maison », de café, de thé ainsi que d’agapes apportés par les familles.

Avant cette journée je n’avais pas pris la mesure de l’impact du cadre sur la libération de la parole.

Dans les lieux d’accueil type Maison Verte, l’objectif principalement repéré par les familles est une contribution à la socialisation de l’enfant, lui permettre de rencontrer ses pairs et pour les mères un temps de discussion.

Nous pouvions effectivement faire ce constat au sein de l’équipe d’accueillantes auquel j’appartenais, cet objectif de socialisation était atteint, mais les mères (les pères n’investissaient pas ce lieu) ne se confiaient pas, le discours était superficiel, la problématique n’émergeait pas, la parole était retenue.

Aux pâtes au beurre j’ai rencontré des familles qui venaient pour la première fois et très rapidement les émotions ont émergé, les parents se sont livrés, les problématiques de fond ont été abordées, les défenses sont tombées. J’ai assisté à des moments forts en émotion où enfants comme parents exprimaient leur souffrance tant avec des mots qu’avec leurs corps. Le cadre contenant de l’accueil dont les psychologues sont garants, a permis l’expression de cette souffrance, mais ici on ne se contente pas d’accueillir cette souffrance, pour preuve le témoignage des personnes qui reviennent, et font part d’une amélioration de leur problématique, parfois même d’une semaine à l’autre, étonnées d’un changement si rapide.

J’ai également été très impressionnée par la mobilisation des pères, assez réservés au départ, exprimer leurs ressentis, s’interroger sur l’impact que pouvait avoir l’éducation qu’ils avaient reçue sur la gestion de leurs émotions, questionner leurs réponses éducatives. Chaque famille échange avec respect et bienveillance, les psychologues les accompagnent dans leur cheminement sans jugement mais en les guidant dans leurs compétences parentales. Pendant ce temps les enfants jouent dans une pièce qui leur est dédiée, ils vont et viennent, permettant à leurs parents de discuter, parfois ils participent à la conversation, réclament un câlin ou une boisson.

On ne « jargonne » pas aux Pâtes au beurre, expression que Sophie Marinopoulos avait souvent employé lors de nos nombreux échanges, et durant ces accueils elle prend tout son sens, comme la Prévention prend aussi tout son sens autour de la table de la cuisine.

Catherine DACQUIN – Thérapeute familial